samedi 22 janvier 2011

Bref historique de la Brigade criminelle à l'approche de son centenaire

Acte de naissance de la Section criminelle

1912. Malgré un soutien constant à la police scientifique et aux travaux d’Alphonse Bertillon, le préfet de police vieillissant Louis Lépine est, dans le domaine de la sécurité parisienne, en proie aux critiques toujours plus virulentes du conseil municipal et de la presse. Les journalistes toujours plus nombreux se font l’écho des actes d’incivilités commis par les « Apaches » et de l’inefficacité de la préfecture de police, incapable d’endiguer l’augmentation des crimes de sang dans la capitale. Mis en concurrence avec les premières réussites en province des hommes de Célestin Hennion, le directeur de la Sûreté générale qui a créé les premières brigades mobiles cinq ans plus tôt les fameuses brigades du Tigre , le préfet Lépine est pris à la gorge lors des événements liés à la « bande à Bonnot ». Face aux « sinistres exploits des audacieux bandits en auto », la Sûreté de Paris — Service de sûreté — installée quai des Orfèvres depuis 1891, mal équipée, paie un lourd tribut. Le 24 avril 1912, l’inspecteur Colmar est grièvement blessé à Ivry-sur-Seine tandis que le sous-chef de la Sûreté, Louis Jouin, est tué. Ce drame oblige Lépine à réagir. Le conseil de Paris augmente aussitôt le budget de la préfecture. Créé par décret du 29 juin 1912, la section criminelle comprend deux cents hommes qui portent le titre de contrôleurs afin d’avoir des salaires plus importants que ceux attribués aux inspecteurs. Enfin équipés de quelques automobiles, les hommes de la Sûreté sont également armés. Ils remplacent leurs antiques bâtons de police ferrés par des pistolets semi-automatiques Browning 1900 de calibre 7.65. Par arrêté du 20 août 1912, les hommes de la toute nouvelle « brigade du Chef » ont un an pour réussir le « brevet de police technique » suite aux cours dispensés par les formateurs de l’Identité judiciaire dont les locaux se trouvent à l’étroit, dans les combles du palais de justice, entre le quai des Orfèvres et le quai de l’Horloge.



Un an plus tard, le 1er septembre 1913, la direction des Recherches dont dépendait le service de Sûreté est supprimée. Un magistrat, Paul Mouton, prend la tête de la nouvelle direction de la Police judiciaire. Xavier Guichard, dernier chef de la Sûreté, est rétrogradé. Il retrouvera son rang entre 1930 et 1934, période au cours de laquelle il guidera le jeune écrivain belge Georges Simenon dans les pas du commissaire Guillaume, le chef d’une « Brigade spéciale » qui a en charge durant les années 1920 les affaires de première importance dans le domaine des crimes de sang, de la fausse monnaie, des escroqueries, des vols qualifiés, des mandats de recherche et du trafic de stupéfiants.

Le commissaire divisionnaire Marcel Guillaume

Aux côtés de cette « brigade du Chef » où le costume trois-pièces est de rigueur, la Brigade du centre est spécialement chargée de l’exécution des mandats de justice, la Brigade de la voie publique ancêtre de l’actuelle Brigade de répression du banditisme « chasse les crânes » et s’occupe des affaires de mœurs, la Brigade des notes répond aux pièces Parquet et effectue les enquêtes administratives, et le Service des garnis surveille et recense les entrées et sorties dans les hôtels et meublés du département de la Seine.

Un baptême pour une nouvelle époque

Rebaptisée « Brigade criminelle » le 22 août 1944 afin d’éviter tout risque de confusion avec les sinistres Brigades spéciales des Renseignements généraux, la brigade identifie rapidement le Docteur Petiot, qui, profitant de l’Occupation et des disfonctionnements de la police, a assassiné de nombreuses victimes dans son hôtel particulier du 16ème arrondissement appâtées par une vie meilleure loin de la capitale. Tel l’inspecteur Antoine dans le film Quai des Orfèvres de Henri-Georges Clouzot (1947), la soixantaine d’inspecteurs et de gradés répartis en dix groupes — un groupe est spécifiquement chargé de la répression des faux billets — ne chôme pas. En effet, les homicides et braquages sanglants ne manquent pas à une période où le « gang des Tractions avant », Émile Buisson et autre Pierre Loutrel font des émules.

Puis les assassinats fratricides entre militants du F.L.N. et du M.N.A., et les attentats visant les policiers en marge de la guerre d’Algérie deviennent quotidiens. En forme de point d’orgue à une guerre d’Algérie sanglante, la Brigade criminelle interpelle en quelques semaines les principaux auteurs de l’attentat visant le général de Gaulle au Petit-Clamart en août 1962, sous la conduite de Maurice Bouvier et de Pierre Ottavioli. Suit la période des enlèvements crapuleux (Ceux de Balthazar Suarez en 1974, de Louis Hazan en 1975, du baron Empain en 1978) qui, avec la collaboration de la nouvelle Brigade de recherche et d’intervention (créée en 1964 sous l’impulsion de François Le Mouel), sont autant de succès. Autant d’enquêtes où le rouleau compresseur de la Crim’ se met en marche, où les hommes de la B.R.I., de filatures en surveillances, mettent un terme aux agissements des malfrats les plus dangereux.


Le chardon, emblème de la Crim’. « Qui s’y frotte, s’y pique ».

1978, année noire. L’inspecteur Jacques Capela est tué lors d’une fusillade opposant les officiers de sécurité de l’ambassade d’Irak à un terroriste palestinien pris en charge par les hommes du « 36 ». Jacques Capela, huitième et dernière victime d’un service dont l’Amicale fleurit les tombes chaque année à la Toussaint. Le terrorisme est de retour. Pour faire face au terrorisme corse et proche-oriental, une section spécialisée constituée de trois groupes est mise en place. Vite mise à contribution, elle aura la lourde charge dans les années 1980 de faire la chasse aux militants d’ « Action Directe », coupables de nombreux assassinats dans la capitale et de l’attentat qui coûtait la vie à Marcel Basdevent, inspecteur de la Brigade de répression du banditisme. Trop vite amnistiés, Rouillan et consorts seront finalement interpellés par le R.A.I.D. en 1987, peu avant que l’activiste Nathalie Ménigon, conduite au quai des Orfèvres, n’échappe à une mort certaine après avoir été retenue par un inspecteur divisionnaire au moment d’enjamber la coursive du quatrième étage.

L’attentat de la rue Copernic (1980), celui de l’aéroport d’Orly (1983), ceux des stations R.E.R. Saint-Michel (1995) et Port-Royal (1996) sont autant de dramatiques exemples de la guerre que les groupuscules terroristes entendent mener sur notre territoire. La plupart de leurs auteurs seront identifiés. Si certaines affaires restent malheureusement sans réponse, les groupes de « droit commun » ne restent pas inactifs en cette fin de siècle. Forts d’un taux d’élucidation proche de 80% dans des affaires jugées complexes, la disponibilité, l’opiniâtreté, la rigueur et l’expérience restent les qualités premières d’enquêteurs qui mettront un terme après plusieurs années d’investigations, aux agissements de Thierry Paulin et de Guy Georges, les deux derniers tueurs en série parisiens.



Sources :

Le préfet Lépine, Jean-Marc Berlière, Denoël, 1993.

Les orfèvres du 36, Michel Malherbe, Editions Crépin-Leblond, 2007.

La Crim’, Les grandes affaires de la Brigade criminelle, Jean-Pierre Van Geirt, Editions n° 1, 1995.





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