lundi 12 octobre 2009

Billet d'humeur

Quand je suis fatigué je raconte plein de conn… de bêtises. Quand je suis fatigué je ne suis même plus en mesure de freiner à l’approche du radar automatique. Le flash présente un avantage, celui de vous réveiller. Quand je suis fatigué je suis désagréable, ce qui fait que j’écris avec le cœur, avec les tripes. Je viens d’enchaîner mon 15ème jour de travail. Euh non, pas tout à fait. Sur les 15 derniers jours, il y avait deux nuits dans le lot. Vous pourrez toujours dire que je suis payé pour, et que je ne paye pas mes PV. C’est en partie vrai. Le vrai c’est que je paye pas mes PV vu que je roule dans un véhicule qui ne m’appartient pas. Par contre, les 29 heures de travail de ce week-end (si, si, j’ai bien dit 29), c’est pour la frime. Pas de récup’, pas de sous. Et puis j’en suis quitte pour une paire de chaussures aussi, vu que j’ai pataugé dans la vermine une bonne partie du week-end. J’en ai encore des frissons au souvenir des insectes fossoyeurs que j’ai rencontrés dans un coin sordide de Seine-Saint-Denis qui s’accrochaient à tout prix à mes genoux. Je suis vraiment pas prêt pour Kholanta. Tout ça pour vous dire que ça fait quinze jours que je n’ai pas écrit de billet.
J’aurais aimé remercier plus tôt Vesna, Jean-Baptiste, Fabien, Laurent et sa femme qui sont venus me voir au premier salon du polar de Roissy-en-Brie dimanche 03 octobre, après avoir passé ma matinée au boulot. J’y ai passé de bons moments. Des rencontres formidables, Jeanne Desaubry, Paul Colize et Bénédicte Desforges entre autres. C’était mon premier salon. J’ai aimé.

J’aurais aimé pouvoir me rendre au salon de Choisy-le-Roi samedi dernier. J’ai pas pu, à cause du taf. Trop de boulot, et puis fallait bien que je couche sur le papier la description de la dernière scène de crime. En plus mes vêtements puaient le mort. « Odeur méphitique » disent les légistes. « Ça fouette grave, bahhhhhh » ont dit mes enfants lorsque je suis rentré chez moi. Alors j’ai jeté une veste aussi. Aujourd’hui on m’a grondé. Si, si. Grondé parce que les vêtements du mort que j’ai osé récupérer, couverts de larves, embaument mon lieu de travail. En plus, les asticots, ça passe partout. Faut dire qu’il y en a un grand nombre. De quoi alimenter tous les clubs de pêcheurs d’Ile-de-France durant plusieurs mois. On m’a gentiment invité à jeter les vêtements. Alors moi j’ai dit non. En plus le juge, il sera pas d’accord vu qu’il y a peut-être de l’ADN du tueur dessus. Alors ça risque de puer encore deux ou trois jours, le temps que ça sèche. C’est comme ça. Y’a pas le choix. Faut faire avec.
Le week-end prochain, c’est Cognac. Le fameux festival du polar, l’eau de vie, les Charentes, la vie quoi. Plein de rencontres en perspective. J’ai posé des congés pour être sûr de pouvoir m’y rendre. Je crève d’envie de poursuivre mon travail d’écriture, aussi. Mais les mots ne viennent pas. « Demain sera un autre jour » dit souvent Fabien Hérisson à la fin de ses billets d’humeur. Sauf que chaque jour qui passe, les idées s’éloignent un peu plus, un peu comme les asticots lorsque vous les écartez de leur milieu naturel. Je suis fatigué mais heureux. Heureux de vivre. Croiser la mort de temps en temps, côtoyer la misère assez souvent, tend à vous rendre heureux. Si, si, je vous assure. Le soleil entre les tours de Notre-Dame, les cris de mouettes sur la Seine, un sourire, je bois tout. Carpe diem quam minimum credula postero, disait Horace. Profite, profite, profite, bois la vie, « profite du jour présent en te préoccupant le moins possible du lendemain » ; loin des coins sordides du 9-3, si possible…

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