dimanche 23 août 2009

Simenon, Guichard et le commissaire Guillaume

Evoquant le célèbre commissaire Guillaume ainsi que l’inspecteur Février dans mon « Sang d’encre au 36 », on me demandait récemment un complément d’informations. Le voici, en débutant par l’hommage rendu en février 1963 par Georges Simenon dans le Figaro littéraire à l’occasion du décès du commissaire divisionnaire Marcel Guillaume, le chef de la brigade criminelle dans les années 1930.

La mort du commissaire Guillaume m'affecte personnellement. On a dit qu'il avait servi de modèle au personnage de Maigret, et c'est vrai en partie. Lorsque, après la publication des trois ou quatre premiers romans de la série, Xavier Guichard, alors directeur de la P.J., m'a prié d'aller le voir pour me montrer des policiers en chair et en os, en même temps que le fonctionnement de ses services, c'est le commissaire Guillaume, chef de la Brigade criminelle, qu'il a chargé de cette initiation.
Par la suite, Guillaume, pour la technique des interrogatoires, en particulier, m’a mis en rapport avec un de ses anciens collaborateurs, grand as en la matière, le commissaire Massu, qui devait lui succéder quelques années plus tard.
Ces deux hommes, d'égale conscience et d'égale habileté professionnelle, m'ont été très précieux. Lequel des deux a le plus déteint sur un Maigret déjà existant mais encore schématique ? Il me serait d'autant plus difficile de le dire que j'ai connu d'autres fonctionnaires de la P.J. qui, peut-être à mon insu, m'ont plus ou moins impressionné…


Bien qu’il n’y ait aucune trace des premiers passages de Simenon au quai des orfèvres, l’ancien responsable de la rubrique des chiens écrasés à la Gazette de Liège a plusieurs fois déclaré y être venu dès son arrivée à Paris, en 1923, de manière à glaner quelques infos, à s’imprégner des lieux, à observer les allées et venues. Ce n’est qu’une dizaine d’années plus tard toutefois, après un long voyage en péniche à travers plusieurs pays d’Europe et le succès de ses premiers Maigret, que Simenon revient au 36 ; comme « invité », cette fois-ci. …après la publication des trois ou quatre premiers romans de la série, Xavier Guichard, alors directeur de la P.J., m'a prié d'aller le voir pour me montrer des policiers en chair et en os… En effet, les premiers Maigret lancés à grand renfort de réclame sont déjugés par les seigneurs de la brigade spéciale. C’est Michel Carly, le biographe belge de Simenon qui l’écrit : Xavier Guichard, l’ancien chef de la brigade anti-anarchiste, celui qui a lancé l’assaut de Choisy-le-Roi en 1912 contre la bande à Bonnot, propose à Simenon de venir découvrir le fonctionnement et l’atmosphère de la « Maison ». Car les premières enquêtes du commissaire Maigret sont entachées d’erreurs. Simenon confond Sûreté nationale et Police judiciaire, inspecteurs et commissaires, gendarmes et gardes mobiles, ignore ce qu’est une délégation judiciaire, tandis que son personnage affublé d’un chapeau melon et d’une pipe assume toutes les planques à la place de ses adjoints.
Présenté au commissaire Guillaume, Simenon va alors avoir l’honneur de vivre comme un flic, au cœur même de la brigade criminelle, « la brigade du chef » comme l’appelle les policiers de l’entre-deux-guerres. Il visitera le laboratoire, le dépôt du palais, le service de l’Identité judiciaire et son fameux sommier situé sous les combles du quai jusqu’à la fin des années 50, assistera à de nombreuses auditions, y compris à la « messe », la fameuse réunion matinale des principaux de chefs de service qui se tient dans le bureau du directeur.

Simenon, grand observateur de ce quotidien, va tirer de nombreux enseignements de ses discussions avec Guichard, Guillaume puis son successeur Massu. Description des lieux, atmosphère des enquêtes, interrogatoires à la chansonnette, anecdotes des vieux limiers, rien ne lui échappe. Certes le commissaire Guillaume préfère la cigarette à la bouffarde ; certes son bureau possède une vue plongeante sur le pont Neuf et non sur le pont Saint-Michel comme dans les Maigret. Mais le divisionnaire, à l’image du personnage de fiction, se lève régulièrement attiser le poêle en fonte, et possède un collaborateur du nom de Février, lequel deviendra le fidèle Janvier des romans de Simenon. Cette photo prise dans le bureau même du divisionnaire Guillaume à l’occasion de la garde à vue du joailler Mestorino en 1928 est évocatrice de l’univers de l’époque. L’homme au regard noir, la moustache tombante, celui qui fixe le suspect déconfit, épuisé, n’est autre que Guillaume. L’homme, assis à sa droite, est son commis, son secrétaire, malicieusement appelé le « chien de commissaire ». Et debout, derrière le bureau pour la photo, masquant en partie le cadre supportant les portraits des policiers de la Sûreté parisienne morts durant le premier conflit mondial, l’inspecteur Janvier.

Vous trouverez une mine d’informations complémentaires sur le site suivant :
http://www.trussel.com/maig/conf37f.htm
Quant aux passionnés de la brigade criminelle et de faits divers, ils prendront beaucoup de plaisir à lire les mémoires du commissaire Guillaume :

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