J’évoquais, dans mon dernier billet, la réception d’un mail d’un certain Georges Simenon… vingt ans après sa mort. Qu’un homonyme de l’auteur, voire un passionné m’écrive, je m’y attendais un peu. Ce qui m’a surtout surpris, c’est que cette réincarnation, ce fantôme de Simenon en quelque sorte, utilise la fameuse adresse que je créais voilà quelque mois dans le corps de mon roman : georges-simenon@hotmail.fr Monsieur, C'est avec stupeur que je découvre que mon adresse électronique utilisée dans un roman, le votre semble t-il, sans que j'en ai été informé et encore moins que l'on m'ai sollicité.Cet usage, sans mon autorisation, de mon adresse électronique me porte un grave préjudice. Je reçois en effet depuis plusieurs jours des mails de gens qui ont, semble t-il, lu votre roman, certains me prennent pour vous, d'autres pensent que je suis un assassin!Il me semble qu'il ne faudra pas longtemps avant que mon adresse ne soit diffusée sur internet et que je sois noyé de ce genre de messages! Mon adresse n'est déjà plus utilisable, sans parler des invitations MSN que je reçois!J'aimerais savoir ce que vous comptez faire.Dans l'attente de votre réponse G.S.
Merde alors ! Ça pue. Un procès, des ennuis en perspective, et un éditeur, juridiquement responsable, en colère. J’avais pourtant tout prévu. Sitôt l’annonce de la distribution officielle de mon polar, j’avais revérifié auprès de Microsoft : adresse disponible me répondait le webmaster américain en mars dernier. Je m’arrêtais là dans mes investigations, ne prenant pas soin de valider la création de ce compte de messagerie condamné à végéter.
Dès lors, deux possibilités s’offrent à moi. Première idée, je garde l’info pour moi, j’en parle à personne, et si ça se trouve le fameux Georges ne poursuivra pas. Si ça se trouve aussi, c’est juste un mauvais plaisantin, une blague de potache, celle d’un type qui, profitant de la disponibilité de cette adresse électronique, entend s’amuser à me faire peur. Deuxième idée : Non, faut que j’en parle à mon éditeur. Je ne peux garder ça pour moi, au risque de me faire berner par le plaisantin.
Finalement, au beau milieu de mes congés, je décide de contacter Les nouveaux auteurs. « Ça tombe bien que tu m’appelles, me dit mon éditeur, il faut que tu me prépares les correctifs en vue d’une nouvelle impression de 1500 exemplaires pour assurer les réassorts (stock de livres permettant de répondre à la demande des libraires). Ton livre se vend bien, si ça continue, le stock de réapprovisionnement sera épuisé à la mi-août. »
Résultat, la joie d’une réimpression masquait mal mon inquiétude. J’usais finalement une soirée de vacances en Auvergne à corriger une faute d’orthographe relevée par ma mère, une mauvaise concordance d’année de naissance d’un personnage et une faute de frappe, tandis que je m’empressais de modifier la fameuse adresse mail de georges-simenon en rajoutant un e à hotmail afin d’éviter tout procès à mon éditeur et de rendre caduque l’adresse mail apparaissant dans mon texte.
Là-dessus, lundi dernier, nouveau mail du fameux Georges, suite à mon dernier billet et à ma non-réponse :
Bonjour, M.JOURDAIN, je vois que visiblement vous ne prenez pas la peine de répondre à mon message et que comble de la rustrerie, vous vous moquez de moi sur votre blog! Je ne suis ni un "type" ni "georges simenon" mais un simple passionné qui utilise l'adresse georges-simenon@hotmail.fr que vous avez utilisé dans votre livre, sans mon accord je vous le rappelle! Maintenant comme je l'avais présumé mon adresse en plus d' etre dans votre roman est reprise sur internet et je suis spammé! Et méprisé par vos soins! Avant de vous moquez vous auriez pu avoir la correction de me répondre et de vérifier! Bravo M. l'auteur-policier. Je vous réitére ma question que comptez vous faire pour que les troubles causés cessent?GS (ce n'est bien sur pas le vrai georges simenon!!)
Sitôt je décidais de lui répondre dans ces termes :
Monsieur l’inconnu,
L’auteur est ravi d’apprendre que vous êtes un lecteur assidu de son blog et que vous avez parcouru son roman. Mais au-delà de votre souffrance, vous ne lui avez pas signifié ce que vous pensiez du livre.
Quant au policier, il est rassuré lorsque vous lui dites que vous n’êtes ni un homonyme ni un proche de Simenon. L’homme de la loi vous rappelle à ce propos que depuis quelques mois, l’usurpation d’identité informatique est qualifiée de délit.
Si je ne vous ai pas répondu la semaine dernière, c'est que je pensais que votre compte de messagerie était le fait de l'un de mes amis passionné d'informatique, et j'ose encore penser que sous cette adresse que vous utilisez indûment se cache l'un de mes amis.
Cordialement,
G.S. répondait aussitôt :
Damned, je suis démasqué!!!!
Allez je suis sympa, je te donnerais cette adresse comme souvenir!
Merci Lolo.
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