vendredi 14 août 2009

De onze à soixante-sept ans

Dans un style délibérément tragi-comique, je vous faisais part dans un précédent billet de la réception d'un mail émanant d'un certain Georges Simenon qui me réclamait des comptes suite à la diffusion de "son" compte de messagerie dans mon roman ; ce qui lui valait, selon ses dires, messages de menaces et spams à répétition. Quelques doutes, soirées perturbées et échanges de mails plus tard, le fantôme de Simenon se révélait finalement avoir pour origine la main experte de l'un de mes meilleurs amis, quelqu'un que j'aime qualifier de cyber policier.

De retour à Paris, je m'empressais de contacter Laurent. On parlait de sa blague, bien sûr, des chiffres de vente, des critiques. Il m'invitait à rapidement passer le voir. Parallèlement, de nombreux collègues me donnaient leurs sentiments de lecture, le roman ayant souffert des grains de sable des plages de métropole durant le mois de juillet. Jusqu'à ce moment, où j'attendais qu'un photocopieur me rende les copies d'une procédure de plusieurs dizaines de feuillets :

- Hervé, tu ne devineras jamais l'âge de ta plus jeune lectrice ?
Je n'aime pas trop les devinettes. Je décide de le laisser "venir"...
- Onze ans. C'est ma fille, ajoute-t-il en rigolant. Elle en est au trois-quart...
Onze ans, c'est également l'âge de mon fils aîné, celui à qui j'ai toujours refusé de feuilleter le polar de peur qu'il en lise quelques lignes. A cet instant-là, mon cerveau, rendu amorphe par un court sommeil et encore décaféiné, n'a fait qu'un tour. Une, deux, trois secondes au maximum m'ont suffit pour balayer d'un coup les vingt-et-un chapitres. Un peu comme un logiciel à qui on demande de chercher les virus et autres chevaux de troie cachés dans un disque dur. Gêné par le bruit du photocopieur, par ce collègue qui ajoutait que le livre se trouvait désormais au Mexique, mon cerveau rendait son verdict : pas de virus, ouf..., mais une alerte : chapitre 18, me répondit mon disque dur, scène d'autopsie.
- Elle lit beaucoup, poursuit-il.
A classer dans la catégorie "jamais sans un livre", la gamine. Quelques romans d'aventure pour ados, quelques classiques aussi, et les Harry Potter bien sûr.
- Harry Potter ?
- Ouais...
Sauvé alors. Parce que je le dis haut et fort, les Harry Potter sont plus violents que mon polar. Excepté cette scène d'autops' et quelques insultes, y a pas d'hémoglobine, pas de coups de balais, pas de recettes au jus de grenouille, pas de coups tordus à la Voldemort dans mon polar.

Le toner du photocopieur ayant rendu l'âme, je filais en douce dans mon bureau. Un coup d'oeil derrière moi pour vérifier que je n'avais pas été pris en flag de destruction et filoché, et je me connectais sur mon compte de messagerie pour découvrir deux messages. Le premier était signé par un futur gardien de la paix résidant en banlieue, lequel m'autorisait à publier son message : Je viens à l'instant de finir de lire votre livre "sang d'encre au 36". J'ai d'habitude horreur de lire mais j'ai passé ma journée à le lire. Incroyable, génial, parfait, fluide, interessant, envoutant, émouvant, actif, captivant, scotchant..... Voici quelques mots qui me viennent à chaud pour le décrire.Bravo et merci de me donner l'envie de lire!!!!!! Vous pouvez bien sûr utiliser mon témoignage si besoin est.

Pour ce qui est du second, je vous laisse le découvrir :
Je viens de lire votre livre "sang d'encre au 36" et je tiens à vous faire part de mon admiration pour un premier livre, il est formidable. J'ai lu tout Simenon et vraiment sans aucune flatterie vous êtes digne de la remplacer, car ce roman est très intéressant, prenant car je l'ai lu en deux jours, je ne pouvais plus le lâcher tellement je le trouve bien écrit, une histoire très bien ficelée et l'on a hâte de connaître la fin. Mais maintenant je me sens un peu frustrée car je n'en ai pas un autre à me mettre à lire. Vous savez c'est la première fois que j'envoie mes impressions à un écrivain, mais là c'est vraiment "un coup de foudre " avec votre livre.....Surtout continuez, car j'attends avec impatience un autre roman signé de votre main. Encore bravo, et bien cordialement.
P.S.: c'est une mamie de 67 ans qui vous écrit.

Bref, quelques jours plus tard j'étais à nouveau harcelé par mon ami Lolo. J'ai quelque chose à te donner, me dit-il pour me pousser à lui rendre visite et faire les cinq-cents mètres qui nous séparent. Parti chercher le mot de passe du compte de messagerie georges-simenon@hotmail.fr, il allait une nouvelle fois me surprendre en me remettant un bloc de timbres émis en 1994 en France, un bloc supportant les trois timbres belge, suisse et français à l'effigie de Simenon que je décris dans "sang d'encre". Vous remarquerez que le portrait - signé Roegiest - est le même sur les trois timbres. Seul l'arrière-plan diffère : pont des arches à Liège pour le timbre belge, quai des orfèvres pour le timbre à 2,80 francs et chateau d'Echandens pour la Suisse.
Le père de Lolo, passionné de philatélie, doutait de l'existence de ce bloc. Laurent l'a trouvé. Je ne sais quoi dire. Ne sais comment le remercier. Grand geste d'amitié. Je suis ému. Je vais m'empresser de mettre le bloc sous verre qu'il a dégotté sur un site de vente aux enchères. Il refusera de m'en donner le prix.

Pour les passionnés de Simenon et de philatélie, vous trouverez une mine d'informations sur le lien suivant : http://www.trussel.com/detfic/simenon.htm


























































































































































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